La décision de la RDC d’émettre son premier Eurobond de 1,5 milliard USD marque une étape stratégique d’ouverture vers les marchés financiers internationaux. Au delà de l’apport immédiat de liquidités pour les projets publics, cette opération vise à renforcer la disponibilité officielle de devises et à contenir le marché parallèle. Toutefois, l’impact réel dépendra moins du montant levé que de la capacité des autorités à garantir transparence, affectation rigoureuse des fonds et contrôle institutionnel : conditions indispensables pour transformer ce levier financier en véritable catalyseur de stabilité macroéconomique et de développement durable.
Le Gouvernement de la République démocratique du Congo, par la voix du ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde, a lancé le tout premier Eurobond de l’histoire du pays, d’un montant estimé à 1,5 milliard de dollars américains. Validée lors de la 54e réunion du Conseil des ministres, cette opération financière marque une étape majeure dans l’ouverture de la RDC aux marchés internationaux.
Pour en analyser les implications, la rédaction de Mines Industries Magazine a rencontré, ce lundi 25 août 2025, le professeur Laby Mpiana, enseignant à la Faculté d’économie de l’Université de Lubumbashi.
Selon le professeur Mpiana, « l’Eurobond constitue un mécanisme permettant au gouvernement de mobiliser rapidement d’importants capitaux étrangers pour financer des projets stratégiques infrastructures, budget de l’État et développement économique ». Il précise que « cette émission obligataire joue aussi un rôle macroéconomique significatif : stabiliser le taux de change, valoriser le franc congolais, réduire la pression sur le marché parallèle des devises et garantir une disponibilité régulière des devises via la Banque centrale ».
« C’est une décision historique et une stratégie pertinente pour la RDC », ajoute-t-il. « L’Eurobond peut contribuer à affaiblir le marché parallèle des devises en offrant aux opérateurs économiques un accès officiel et régulier aux devises. »
Risque gouvernance : vigilance requise
Le professeur a cependant mis en garde contre des risques importants liés à la gouvernance. « Une mauvaise gestion — corruption, détournement de fonds ou manque de transparence — pourrait créer un déséquilibre sur le marché des changes, provoquer une flambée durable du taux de change et, à terme, déclencher une crise monétaire susceptible de paralyser l’économie nationale », avertit-il. « L’Eurobond est un outil puissant, mais il exige une gestion rigoureuse et honnête ; sans cela, les effets positifs attendus peuvent se retourner contre le pays. »
Opportunités et conditions de succès
Le lancement du premier Eurobond ouvre une nouvelle page pour l’histoire économique du pays. S’il offre un levier de financement important et la perspective d’une meilleure stabilité du marché des devises, sa réussite dépendra de plusieurs conditions : transparence des procédures, affectation claire et contrôlée des fonds, discipline budgétaire et renforcement des institutions de supervision. La crédibilité de la RDC sur les marchés internationaux sera en jeu, estiment les experts.
L’émission de cet Eurobond représente une opportunité réelle pour financer des projets structurants et renforcer la stabilité macroéconomique. Mais son succès ne tiendra pas seulement au montant levé ni à l’accueil des marchés : il reposera avant tout sur la qualité de la gouvernance et la discipline budgétaire. À défaut, l’opération, promise à accroître la confiance, pourrait devenir le révélateur d’un échec de gestion aux conséquences lourdes pour l’économie congolaise.
Yoland MALANGU