Contrairement aux rumeurs annonçant leur décès, deux creuseurs artisanaux blessés lors d’un incident sur le site de MMG Kinsevere sont bien vivants et hospitalisés. Ils réclament une prise en charge médicale et une reconnaissance publique, tandis que la société minière et la société civile donnent des réponses partielles. Le dossier soulève des questions sur la protection des travailleurs artisanaux et la transparence des interventions sur les sites miniers.
Jeudi 20 novembre 2025, Mines et Industries Magazine s’est rendu sur place pour vérifier les faits. Les blessés sont deux creuseurs artisanaux, Bienvenue Ngoie 20 ans et Cédric Kasongo 16 ans. Contrairement aux premières informations qui annonçaient leur mort, les deux jeunes sont bien vivants mais hospitalisés après avoir été atteints par balle.
Allongé sur son lit d’hôpital, Bienvenue Ngoie raconte être entré sur le site pour récupérer des déchets de minerai à revendre afin de subvenir à ses besoins : « On n’a pas de travail. Quand on entre sur le site, cela nous permet d’avoir quelque chose. Nous coopérions avec les policiers ; mardi, ils nous ont dit de ne plus entrer. Hier, nous avons été surpris : ils ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes, puis, d’un coup, j’ai senti que ma jambe ne bougeait plus. »
L’incident, survenu mercredi 19 novembre, a provoqué de vives tensions entre la police nationale congolaise et les creuseurs : jets de pierres côté creuseurs, utilisation de gaz lacrymogènes et, selon des témoins et des responsables locaux, des tirs de la part des forces de l’ordre. Le long de la route, non loin de l’usine, des pneus ont été incendiés, contribuant à l’escalade.

Le chef du village, M. Salameno, résident au niveau du poteau 93, confirme les faits et condamne l’intervention policière : il accuse les forces de l’ordre d’avoir ouvert le feu sur des civils paisibles. Il souligne que l’accès des jeunes au site est largement motivé par le chômage : « MMG n’engage que des jeunes de Lubumbashi et pas ceux du village », déclare t il.
Pour les blessés, le choc est double : avoir frôlé la mort, puis se sentir oubliés. Ils exigent non seulement une prise en charge médicale complète, mais aussi une reconnaissance publique et, le cas échéant, une réparation pour les circonstances ayant mené à leurs blessures.

Contactée par notre rédaction, MMG Kinsevere indique, dans un communiqué, que la situation est « décantée » et que les activités du site ont repris normalement. L’entreprise affirme travailler en étroite collaboration avec les autorités locales pour garantir la sécurité de toutes les parties prenantes. « MMG réaffirme son engagement envers la santé, la sécurité et le bien être de son personnel ainsi que de ses communautés riveraines », précise le communiqué, qui annonce qu’une mise à jour sera communiquée si nécessaire.
De son côté, la société civile réclame la prise en charge effective des victimes et demande que les Congolais bénéficient des ressources minières sur leur territoire. « Ces hommes ont échappé à la mort ; les laisser souffrir ainsi est inacceptable », déclare un représentant, appelant à plus de transparence et à la protection des creuseurs artisanaux.
Ce nouvel épisode soulève des questions plus larges : comment garantir la protection des travailleurs informels sur les sites miniers ? Quels mécanismes de communication et d’indemnisation mettre en place en cas d’incident ? Entre le silence des autorités, la pression économique et l’absence de voies d’intégration des creuseurs artisanaux dans la filière formelle, le risque de nouveaux drames reste élevé.
Tant que chômage, impunité et absence de mécanismes d’intégration perdureront, ces drames se répéteront, il est urgent de protéger la vie humaine avant toute logique de rentabilité.
Trésor Kasamba









