La société minière publique congolaise Gécamines propose de reprendre Chemaf SA, aujourd’hui en grande difficulté financière, avant d’introduire un nouvel actionnaire majoritaire. L’opération, si elle se concrétise, dépasse le simple enjeu économique : elle illustre la compétition croissante entre puissances pour le contrôle des minerais critiques en RDC.
La Gécamines a soumis une offre pour acquérir Chemaf SA, puis céder la majorité du capital à un investisseur tiers, selon un document consulté par Bloomberg et des sources proches des négociations. Filiale du groupe Trafigura, Chemaf développe le projet Mutoshi, l’un des plus importants gisements de cobalt au monde, et détient plusieurs dizaines de permis encore inexploités, ce qui confère à l’affaire une portée stratégique bien supérieure à la taille actuelle de l’entreprise.
En mars dernier, Chemaf avait déjà renoncé à une cession à un acquéreur chinois après le refus des autorités congolaises d’accorder les autorisations requises. Désormais, la Gécamines proposerait de racheter l’entreprise, lourdement endettée, pour un montant plafonné à 1 million de dollars, avant de transférer la majorité du capital à un nouvel investisseur. Le plan prévoit que la Gécamines assure la commercialisation de la production de Chemaf auprès d’acheteurs américains. La société publique conserverait une participation de 5 %, décrite dans le document comme une « participation sans intérêt », et envisagerait simultanément de mobiliser des fonds pour obtenir au moins 20 % supplémentaires.
Cette proposition reste conditionnée à l’accord de plusieurs parties prenantes : le gouvernement congolais, les actionnaires et les créanciers de Chemaf, dont Trafigura, qui avait consenti en 2022 un prêt de 600 millions de dollars principalement destiné au développement de Mutoshi. La chute des cours du cobalt a fragilisé Chemaf, la poussant à rechercher des financements et à se placer sur le marché.
La concurrence des acquéreurs potentiels est active. Au moins cinq groupes se seraient manifestés : Virtus Minerals Inc., alliée au fonds new yorkais Orion Resource Partners ; United Critical Minerals LLC (UCM), immatriculée dans le Wyoming ; une filiale indienne de Jindal Steel & Power Ltd. ; Global Critical Resources Corp., liée à l’entrepreneur autrichien Cevdet Caner ; et Buenassa Sarl, qui ambitionne d’ériger en RDC la première raffinerie locale de cuivre et de cobalt. Plusieurs de ces offres privilégient des débouchés vers des acheteurs américains et incluent des mécanismes de restructuration de la dette et d’accords d’approvisionnement en lien avec Washington.
L’initiative de la Gécamines intervient alors que la coopération minière entre la RDC et les États Unis se renforce : les deux pays ont signé le mois dernier un accord accordant aux investisseurs américains un accès préférentiel aux ressources congolaises, notamment en cuivre, cobalt et lithium. La Gécamines joue un rôle pivot : elle détient le permis exploited par Chemaf pour Mutoshi et aurait informé les candidats à l’acquisition de son intention dès la fin de l’année dernière.
Au delà des chiffres et des participations, le dossier Chemaf cristallise une bataille d’influence sur les chaînes d’approvisionnement mondiales des minerais critiques. Le choix des autorités congolaises et la capacité des parties à restructurer la dette détermineront non seulement l’avenir de Chemaf, mais aussi qui, entre grandes puissances et acteurs privés, contrôlera une partie essentielle du cobalt nécessaire aux technologies de demain.
Trésor Kasamba







